MANUEL DE LA GALANTERIE
Lui ouvrir la porte, lui céder sa place dans le métro, lui porter un sac trop lourd, l’aider à enfiler son manteau, payer l’addition... Toute une mosaïque de gestes qui forment l’image traditionnelle du gentleman, du galant homme. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Le gentilhomme, un vieux ringard ou un modèle de délicatesse ?
La galanterie, héritage d’un autre temps
Lorsqu’un Chevalier à la
grosse armure toute brillante régnait sur sa forteresse imprenable, il
n’était pas question que sa Damoiselle s’immisçât dans les affaires du
pouvoir. Pourtant, lorsque ce Chevalier enlevait sa grosse armure toute
brillante pour faire la cour à sa Damoiselle, il redevenait Damoiseau,
soumis corps et âme aux caprices de sa belle.
De même, lorsqu’un
célibataire de la cour de Louis XIV s’ennuyait et qu’il voulait un peu
d’action courtisane, il se soumettait aux règles de ces Dames, qu’il
s’agissait de ne surtout pas froisser s’il ne voulait pas connaître
d’échec cuisant.
Féminisme vs galanterie
Et tout continua ainsi, elle se faisant
belle, lui guerroyant, dirigeant, travaillant, galamment. Puis vinrent
les féministes, et la galanterie apparut comme ce qu’elle est, une
codification de la domination de l’homme sur la femme. Pour simplifier :
je te laisse ma place dans le bus parce que tu es un être faible et
fragile, et je te paie ton déjeuner parce que tu es incapable de
subvenir à tes moyens.
Résultat : l’homme et la femme d’aujourd’hui ne savent plus sur quel pied danser.
Lui
: « Si je lui porte son sac, elle va penser que je suis un immonde
misogyne – mais si je ne l’aide pas je vais passer pour un mufle ».
Elle
: « Il m’a aidé à mettre mon manteau : sale macho ! » / « Il ne m’a pas
aidé à mettre mon manteau : pourquoi est-ce que je rencontre toujours
des rustres sans éducation ? »
Être galant aujourd’hui, comment s’y retrouver ?
Trouvez le juste milieu : il y a peu de chance que lui tenir la porte
soit mal perçu. En revanche, lui interdire de porter quoi que ce soit
et vous balader à ses côtés façon sherpa un jour de conquête de
l’Everest est peut-être exagéré.
Adaptez votre conduite à la femme
qui vous accompagne. Si vous avez affaire à une féministe convaincue,
acceptez de partager l’addition. Si elle est plutôt vieille école,
passer la prendre chez elle sera de bon ton.
Ne confondez pas galanterie et politesse : aucune femme ne s’offusquera si vous la traitez avec respect et courtoisie.
Un
classique : l’escalier. Les us de la galanterie veulent qu’on laisse
monter la femme d’abord, pour pouvoir l’attraper au vol lorsque, faible
et maladroite comme elle est, elle s’effondrera. On considère
aujourd’hui qu’il est préférable que l’homme passe d’abord, pour éviter
la situation désagréable, pour elle, de savoir ses fesses à la hauteur
des yeux de son accompagnant, qui est peut-être galant mais pas aveugle.
Mesdames
: soyez claires et tolérantes. Claires pour qu’il sache comment s’y
prendre pour bien se comporter. Tolérantes, compte tenu des difficultés
évoquées.
Respectez les principes universels de la politesse et de l’attention prêtée à l’autre et à son bien-être. Et si dans cette prévenance se glisse une touche de délicate séduction, ça ne devrait pas être si grave...
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